77 700 €. C’est le chiffre à graver dans votre mémoire si vous exercez une activité libérale sous le régime micro-BNC. Dépasser ce seuil, même d’un euro, peut déclencher un changement de régime fiscal que beaucoup de praticiens libéraux — médecins, avocats, consultants, psychologues — découvrent trop tard. Pourtant, les règles ne sont pas si complexes à comprendre une fois qu’on les pose à plat.
Le micro-BNC fait partie de la grande famille des régimes micro-entreprises, mais il a ses propres particularités. Il s’adresse aux professions non commerciales : celles qui relèvent des bénéfices non commerciaux (BNC) au sens du code général des impôts. Comprendre son plafond, c’est sécuriser son activité — et éviter une mauvaise surprise à la prochaine déclaration.
Le plafond micro BNC en détail
Quel montant en 2024 ?
Le plafond micro-BNC s’élève à 77 700 € de recettes annuelles hors taxes pour 2024. Ce seuil est identique à celui du régime micro-BIC pour les prestations de services. Il est révisé tous les trois ans en fonction de l’évolution du barème de l’impôt sur le revenu — la dernière revalorisation l’a porté de 72 600 € à 77 700 €.
77 700 €
plafond de recettes annuelles pour rester en micro-BNC (2024)
Attention à ne pas confondre recettes et bénéfices. Le plafond s’apprécie sur le montant total des sommes encaissées dans l’année, avant déduction de quoi que ce soit. Pas de charges à soustraire pour évaluer si vous êtes dans les clous.
Comment s’apprécie le dépassement ?
Le dépassement s’évalue sur deux années consécutives. Voici la règle exacte :
- Vous restez en micro-BNC tant que vos recettes N et N-1 sont toutes deux inférieures à 77 700 €.
- Si vous dépassez le plafond deux années de suite, vous basculez automatiquement au régime de la déclaration contrôlée (réel) à compter du 1er janvier de l’année suivante.
- Un dépassement ponctuel une seule année ne suffit pas à vous faire sortir du régime.
💡 Notre conseil
Surveillez vos recettes dès le mois d’octobre. Si vous approchez des 77 700 € en N et que vous avez déjà dépassé en N-1, vous avez encore quelques semaines pour lisser la facturation ou anticiper le passage au réel — plutôt que de le subir.
Cas particulier : début d’activité
Pour une activité démarrée en cours d’année, le plafond n’est pas proratisé. Vous bénéficiez du plafond plein de 77 700 €, quelle que soit la date de création. C’est l’un des avantages du régime pour les créateurs.

Abattement et calcul de l’impôt en micro-BNC
Un abattement forfaitaire de 34 %
L’intérêt du micro-BNC tient à sa simplicité : l’administration applique un abattement forfaitaire de 34 % sur vos recettes brutes pour calculer le revenu imposable. Cet abattement est censé couvrir l’ensemble de vos charges professionnelles — qu’il s’agisse de cotisations sociales, de frais de déplacement ou de matériel.
En pratique, si vous encaissez 60 000 € dans l’année, vous êtes imposé sur 60 000 × 66 % = 39 600 €. Simple, mais parfois défavorable si vos charges réelles dépassent 34 % de vos recettes.
✅ À retenir
Abattement de 34 % sur les recettes brutes, minimum 305 €. Si vos charges réelles (loyer de cabinet, assurances, cotisations Urssaf…) dépassent ce seuil, le régime réel peut devenir plus avantageux fiscalement.
Versement libératoire : une option à ne pas négliger
Les micro-BNC peuvent opter pour le versement libératoire de l’impôt sur le revenu (VFL), à condition que le revenu fiscal de référence du foyer ne dépasse pas un certain seuil. Le taux applicable est de 2,2 % des recettes. C’est une option intéressante si votre taux marginal d’imposition est élevé — mais elle se choisit avant le 30 septembre pour l’année suivante, pas au dernier moment.
Pour aller plus loin sur les mécaniques fiscales des travailleurs indépendants, les ressources sur la Finance permettent de croiser les régimes et d’arbitrer selon sa situation personnelle.
Dépasser le plafond : que se passe-t-il vraiment ?
Le basculement automatique au régime réel
Deux dépassements consécutifs déclenchent le passage à la déclaration contrôlée (formulaire 2035). Fini l’abattement forfaitaire : vous déduisez vos charges réelles, tenez une comptabilité de trésorerie et déposez une liasse fiscale. Pour beaucoup de professions libérales, c’est l’obligation de faire appel à un expert-comptable — et donc un coût supplémentaire à anticiper.
| 📋 Micro-BNC | 📊 Déclaration contrôlée |
|---|---|
| Abattement forfaitaire 34 % Pas de comptabilité formelle Déclaration simplifiée (2042-C-PRO) Plafond : 77 700 € de recettes |
Déduction des charges réelles Comptabilité de trésorerie obligatoire Liasse 2035 à déposer Pas de plafond de recettes |
Peut-on revenir au micro-BNC après un dépassement ?
Oui, mais avec un délai. Si vos recettes repassent sous 77 700 € et restent inférieures deux années consécutives, vous pouvez opter à nouveau pour le micro-BNC. L’administration ne l’interdit pas — mais il faut en faire la demande expresse, elle ne se fait pas automatiquement dans ce sens.
⚠️ À garder en tête
Certaines professions réglementées — officiers ministériels, agents généraux d’assurance — sont exclues du régime micro-BNC par défaut, même en dessous du plafond. Vérifiez votre statut avant de présumer que ce régime s’applique.
Micro-BNC et micro-entreprise : ne pas confondre
Deux régimes qui se recoupent, mais pas toujours
Un auto-entrepreneur exerçant une activité libérale relève à la fois du régime micro-social de la micro-entreprise et du régime fiscal micro-BNC. Les deux plafonds coïncident à 77 700 €. Mais un professionnel libéral hors statut auto-entrepreneur peut aussi être en micro-BNC s’il respecte le plafond — sans pour autant bénéficier du régime social simplifié.
La différence devient concrète pour le calcul des cotisations Urssaf : un micro-entrepreneur paye un taux fixe sur ses recettes (autour de 22 % pour les BNC), tandis qu’un libéral classique en micro-BNC cotise selon les règles de son régime de retraite (Cipav ou Sécurité sociale des indépendants). Ce n’est pas anodin sur le montant final.
Pour une vue d’ensemble sur les seuils applicables à l’ensemble des micro-entreprises, l’article Micro-entreprise : plafonds de chiffre d’affaires à ne pas dépasser fait le tour complet des cas.
Quand le micro-BNC devient un piège
Le régime est séduisant par sa légèreté administrative. Mais il peut coûter cher si vos charges réelles sont lourdes. Un médecin ou un avocat avec un loyer de cabinet, des assurances RC pro élevées et du personnel verra ses charges dépasser largement 34 % de ses recettes. Dans ce cas, la déclaration contrôlée — même plus contraignante — donne un meilleur résultat fiscal.
Additionnez toutes vos dépenses professionnelles de l’année — cotisations, loyer, matériel, assurances, formation.
Si vos charges dépassent 34 % de vos recettes, le micro-BNC vous fait payer de l’impôt sur un revenu fictif.
L’option pour la déclaration contrôlée se fait avant le 30 septembre N pour s’appliquer dès le 1er janvier N+1. Ne ratez pas cette fenêtre.
Questions fréquentes
Le plafond micro-BNC s’applique-t-il aux recettes HT ou TTC ?
Le plafond de 77 700 € s’apprécie sur les recettes hors taxes (HT) pour les professionnels assujettis à la TVA. Les professionnels en franchise de TVA (ce qui est le cas de la plupart des micro-BNC) raisonnent directement sur les sommes encaissées, sans TVA à déduire puisqu’ils n’en facturent pas.
Peut-on cumuler micro-BNC et activité salariée ?
Oui. Le cumul est tout à fait possible. Les revenus salariés et les recettes BNC sont déclarés séparément et imposés selon leurs propres règles. Le seuil de 77 700 € ne concerne que les recettes de l’activité libérale — votre salaire n’entre pas dans ce calcul.
Quelle est la différence entre micro-BNC et micro-BIC ?
Le micro-BNC concerne les professions non commerciales (libérales) ; le micro-BIC s’applique aux activités commerciales ou artisanales. Le plafond de recettes pour les prestations de services en micro-BIC est identique : 77 700 €. La différence principale réside dans le taux d’abattement : 34 % en BNC contre 50 % pour les prestations BIC et 71 % pour les ventes BIC.
Peut-on opter volontairement pour la déclaration contrôlée même sous le plafond ?
Oui, l’option pour la déclaration contrôlée est possible à tout moment, même si vos recettes restent inférieures à 77 700 €. Elle s’exerce en déposant la déclaration 2035 avant la date limite. Cette option est irrévocable pendant deux ans, donc réfléchissez-y en comparant vos charges réelles à l’abattement forfaitaire.
Comment déclarer ses recettes en micro-BNC ?
En micro-BNC, vous reportez le total de vos recettes annuelles encaissées sur la déclaration complémentaire de revenus 2042-C-PRO, case dédiée aux bénéfices non commerciaux. L’administration calcule automatiquement l’abattement de 34 % et intègre le revenu imposable dans votre foyer fiscal. Pas de liasse à remplir, pas de bilan à produire.