Combien faut-il vendre pour ne pas perdre d’argent ? C’est exactement ce que répond le seuil de rentabilité — appelé aussi point mort. Une seule ligne de calcul suffit, à condition de bien identifier ses données d’entrée. Beaucoup de créateurs d’entreprise esquivent cette étape faute de méthode claire. C’est une erreur : connaître ce chiffre change radicalement la façon de fixer ses prix et de piloter son activité.
Bonne nouvelle : pas besoin d’un expert-comptable pour le calculer. Une calculette, trois chiffres et la bonne formule suffisent. Voici comment faire, étape par étape, avec des exemples chiffrés pour que ce soit immédiatement applicable.
Ce que signifie vraiment le seuil de rentabilité
Définition simple
Le seuil de rentabilité est le chiffre d’affaires à partir duquel une entreprise couvre l’intégralité de ses charges — et donc ne perd plus d’argent. En dessous de ce seuil, l’activité génère des pertes. Au-dessus, elle produit du bénéfice. Ce n’est pas une valeur théorique : c’est un objectif de vente concret, exprimé en euros ou en nombre d’unités.
On parle aussi de point mort pour désigner la date dans l’année où ce seuil est atteint. Une entreprise qui franchit son point mort le 30 mars est dans une situation bien plus confortable que celle qui l’atteint le 15 novembre.
Charges fixes vs charges variables : la distinction clé
Tout le calcul repose sur une séparation précise entre deux types de charges :
- Charges fixes : elles ne bougent pas avec le volume d’activité. Loyer, salaires permanents, assurances, abonnements logiciels — le montant reste identique que vous vendiez 10 ou 10 000 unités.
- Charges variables : elles évoluent proportionnellement aux ventes. Matières premières, commissions, frais de livraison, emballages — chaque unité vendue en consomme une part.
💡 Notre conseil
Si vous avez du mal à classer certaines charges (ex : l’électricité d’une usine), affectez-les dans la catégorie dominante ou décomposez-les selon leur comportement réel. Un calcul approchant reste 10 fois plus utile qu’aucun calcul.

La formule du seuil de rentabilité
Le calcul en trois étapes
La formule officielle est simple. D’abord, calculez la marge sur coût variable (MCV) par unité :
MCV = Prix de vente unitaire − Coût variable unitaire
Ensuite, calculez le taux de marge sur coût variable (TMCV), exprimé en pourcentage :
TMCV = MCV ÷ Prix de vente unitaire × 100
Enfin, le seuil de rentabilité en chiffre d’affaires :
Seuil de rentabilité = Charges fixes totales ÷ TMCV
Ce résultat vous donne le chiffre d’affaires minimum à atteindre pour équilibrer vos comptes. Vous pouvez aussi le diviser par le prix unitaire pour obtenir un nombre de produits à vendre.
3 étapes
suffisent pour calculer votre seuil de rentabilité avec une calculette basique
Exemple chiffré complet
Prenons un exemple concret : une boutique en ligne vend des casques audio à 80 € l’unité. Le coût variable par casque (achat fournisseur + emballage + port) est de 30 €. Les charges fixes annuelles (loyer du stock, abonnement e-commerce, comptable) s’élèvent à 24 000 €.
- MCV unitaire : 80 − 30 = 50 €
- TMCV : 50 ÷ 80 × 100 = 62,5 %
- Seuil de rentabilité : 24 000 ÷ 0,625 = 38 400 €
- Nombre de casques à vendre : 38 400 ÷ 80 = 480 unités
Conclusion : dès la 481ᵉ vente, la boutique entre dans le profit. Avant ça, chaque euro encaissé sert à couvrir les charges fixes.
Calculer le point mort dans le temps
Le seuil de rentabilité en euros est utile, mais le point mort en date est encore plus parlant pour piloter une activité en temps réel. Le calcul est simple :
Point mort (en jours) = Seuil de rentabilité ÷ Chiffre d’affaires annuel prévisionnel × 365
Reprenons l’exemple précédent : la boutique prévoit un chiffre d’affaires de 96 000 € sur l’année. Son point mort se situe à :
38 400 ÷ 96 000 × 365 = 146 jours, soit le 26 mai.
À partir du 27 mai, chaque vente génère du bénéfice net. C’est ce genre de repère qui aide à décider si une campagne promotionnelle en juin est pertinente — ou carrément superflue.
✅ À retenir
Le point mort en date transforme un chiffre abstrait en repère calendaire concret. C’est l’indicateur à surveiller mois par mois pour savoir si l’entreprise tient son rythme de croisière.
⚠️ Les erreurs fréquentes dans ce calcul
Oublier certaines charges fixes
La faute classique : ne compter que le loyer et les salaires, et oublier les assurances, l’amortissement du matériel, ou les abonnements SaaS qui s’accumulent. Résultat : un seuil sous-estimé, et une surprise désagréable en fin d’exercice.
Listez absolument toutes les charges mensuelles, multipliez par 12, additionnez. Ne laissez rien de côté. Une ligne oubliée peut décaler votre seuil de plusieurs milliers d’euros.
Confondre chiffre d’affaires et marge
Le seuil de rentabilité s’exprime en chiffre d’affaires, pas en bénéfice. Atteindre 38 400 € de ventes ne signifie pas qu’on a gagné 38 400 €. Ça signifie qu’on a juste couvert ses charges. C’est la base, pas le but.
Pour aller plus loin sur la distinction entre chiffre d’affaires, marge brute et résultat net, l’article Comment calculer la marge : guide complet pour optimiser votre rentabilité en 5 étapes simples est une lecture complémentaire directement utile.
⚠️ À garder en tête
Un seuil de rentabilité calculé sur des données prévisionnelles reste une estimation. Revoyez-le tous les trimestres si vos prix, vos coûts variables ou vos charges fixes évoluent. Une variation de 10 % sur le coût des matières premières peut décaler votre seuil de façon significative.
Utiliser le seuil de rentabilité pour prendre des décisions
Fixer ses prix avec méthode
Connaître son seuil permet de tester des scénarios rapidement. Si vous baissez votre prix de vente de 10 %, votre TMCV diminue et votre seuil monte — parfois fortement. Inversement, une hausse de prix même modeste peut réduire considérablement le volume nécessaire.
| Prix unitaire | TMCV | Seuil (charges fixes : 24 000 €) |
|---|---|---|
| 72 € (−10 %) | 58,3 % | 41 165 € |
| 80 € (base) | 62,5 % | 38 400 € |
| 88 € (+10 %) | 65,9 % | 36 418 € |
Le tableau parle de lui-même : une remise de 10 % oblige à vendre presque 3 000 € de plus pour atteindre l’équilibre. C’est le genre d’argument qui convainc de limiter les soldes agressifs.
Évaluer l’impact d’un recrutement ou d’un investissement
Recruter un salarié, souscrire un nouveau bail, acheter une machine : chaque décision qui augmente les charges fixes déplace le seuil vers le haut. Avant de signer, calculez le nouveau seuil et demandez-vous si le volume de ventes supplémentaires est réaliste. C’est souvent ce calcul rapide qui évite les erreurs de croissance trop rapide.
Pour les ressources complémentaires sur la gestion financière d’une entreprise, la rubrique Finance regroupe des articles directement actionnables sur ces sujets.
🎯 Quel outil pour faire le calcul ?
Pas besoin de logiciel complexe. Une feuille Excel ou Google Sheets avec trois cellules suffit : une pour les charges fixes, une pour le TMCV, une pour la division. Vous pouvez y ajouter un onglet de simulation pour tester différents scénarios de prix ou de volume.
Des calculateurs en ligne existent aussi, mais attention : beaucoup ne distinguent pas correctement charges fixes et charges variables. Mieux vaut un fichier maison bien structuré qu’un outil clé en main qui mélange les catégories.
Loyer, salaires, assurances, amortissements, abonnements — sans oublier la moindre ligne.
Tout ce qui varie avec chaque vente : matière, emballage, commission, transport.
(Prix − Coût variable) ÷ Prix × 100. Ce pourcentage est le pivot de toute l’analyse.
Le résultat est votre seuil de rentabilité en chiffre d’affaires. Divisez encore par le prix unitaire pour obtenir un nombre de ventes.
« Un entrepreneur qui ne connaît pas son seuil de rentabilité pilote à l’aveugle. Ce chiffre, recalculé chaque trimestre, est le premier indicateur à afficher sur son tableau de bord. »
— Principe fondamental de gestion financière d’entreprise
Recalculez votre seuil dès que quelque chose change : un fournisseur qui révise ses tarifs, une hausse de loyer, une variation de votre prix de vente. Ce n’est pas un calcul qu’on fait une fois et qu’on oublie dans un tiroir — c’est un outil vivant qui mérite d’être actualisé régulièrement.