Un restaurateur qui applique le mauvais taux de TVA risque un redressement fiscal sans appel. Pourtant, la distinction entre consommation sur place, vente à emporter et livraison n’est pas toujours évidente — surtout quand la même assiette change de statut fiscal selon l’endroit où le client la mange. Les règles ont été clarifiées par l’administration fiscale, mais elles restent méconnues.
Voici comment ça fonctionne concrètement, taux par taux, produit par produit.
Le principe de base : consommation immédiate = TVA à 10 %
Ce que recouvre la notion de restauration sur place
La restauration sur place désigne la fourniture de repas accompagnée d’un service permettant la consommation immédiate dans un espace aménagé : tables, chaises, couverts, etc. Peu importe que l’établissement soit un restaurant gastronomique, une brasserie, une cantine d’entreprise ou un food court de centre commercial. Du moment que le client s’installe et consomme sur les lieux, le taux de TVA applicable est 10 %.
Ce taux intermédiaire couvre la grande majorité des ventes : plats chauds, plats froids servis sur place, menus complets, boissons non alcoolisées servies à table. C’est le régime de droit commun pour la restauration depuis 2012.
✅ À retenir
Pour toute vente avec consommation immédiate sur place (table, comptoir avec espace dédié), le taux standard est 10 %. Ce taux s’applique quel que soit le type d’établissement : restaurant, brasserie, snack, cantine ou food court.
Les exceptions au taux de 10 %
Deux catégories échappent au 10 % et méritent une attention particulière :
- Boissons alcoolisées : elles sont toujours taxées à 20 %, que la consommation soit sur place ou à emporter. Une bière, un verre de vin, un cocktail — peu importe le contexte. Pas de dérogation possible.
- Certains produits alimentaires de base : le pain, les viennoiseries, les jus de fruits 100 % sans additifs bénéficient d’un taux réduit à 5,5 % à condition qu’ils ne soient pas accompagnés d’un service de restauration. En pratique, dès qu’ils font partie d’un menu servi à table, c’est le 10 % qui s’applique à l’ensemble.
La logique est simple : c’est la nature du service rendu (et non le seul produit) qui détermine le taux. Un café servi à une table de restaurant = 10 %. Ce même café vendu au comptoir à emporter = 5,5 % (s’il est sans alcool et sans sucre ajouté). La différence tient à quelques mètres.
⚠️ À garder en tête
Les boissons alcoolisées sont taxées à 20 % sans exception, y compris dans un menu à prix fixe. Si vous pratiquez un prix global comprenant alcool + plat, vous devez ventiler la base taxable ou appliquer le taux le plus élevé sur la totalité — ce qui peut coûter cher.

🎯 Sur place vs à emporter : les différences qui changent tout
Quand le même produit a deux taux différents
C’est là que beaucoup de professionnels se trompent. Un sandwich vendu à emporter sans préparation particulière = 5,5 %. Ce même sandwich réchauffé à la demande du client et consommé sur place = 10 %. La différence : la chaleur et le service.
| 🏠 Consommation sur place | 🥡 Vente à emporter |
|---|---|
| Plats chauds : 10 % Plats froids (avec service) : 10 % Boissons non alcoolisées : 10 % Boissons alcoolisées : 20 % |
Sandwichs froids, salades : 5,5 % Plats chauds à emporter : 10 % Boissons non alcoolisées : 5,5 % Boissons alcoolisées : 20 % |
La règle posée par le BOFiP est claire : dès qu’il y a fourniture d’un élément de service — chauffage, découpe, accompagnement, mise à disposition d’un espace — le taux intermédiaire de 10 % prime. Pour aller plus loin sur les cas limites, la ressource TVA en restauration : taux applicables et cas particuliers détaille plusieurs situations ambiguës avec leur traitement fiscal.
Le cas des buffets, plateaux-repas et livraisons
Les buffets à volonté servis dans une salle = 10 %, sans discussion. Les plateaux-repas livrés à domicile posent plus de questions : s’il n’y a pas de prestation de service sur le lieu de consommation, le taux applicable dépend de la nature des produits livrés.
- Plats chauds livrés (pizza, burger, wok) : 10 % — la préparation et la livraison constituent une prestation de restauration.
- Produits froids non transformés livrés (fromages, charcuteries, fruits) : 5,5 %.
- Alcool livré : toujours 20 %.
3 taux
coexistent dans un même établissement de restauration : 5,5 %, 10 % et 20 %
Appliquer les bons taux au quotidien
Paramétrer sa caisse et ses factures
En pratique, la majorité des erreurs viennent d’une caisse enregistreuse mal configurée ou d’un ticket de caisse qui applique un taux uniforme. Trois réflexes à adopter :
Créez dans votre logiciel de caisse au moins trois familles tarifaires : taux 5,5 %, taux 10 %, taux 20 %. N’utilisez pas un taux moyen ou arrondi.
Sur place ou à emporter ? Cette question doit être posée systématiquement pour les produits susceptibles de changer de taux (sandwichs froids, boissons sans alcool).
Votre déclaration de CA3 doit refléter la ventilation réelle des ventes par taux. Un seul taux déclaré pour tout l’établissement est un signal d’alarme pour le fisc.
Ce que risque un restaurateur en cas d’erreur
Un contrôle fiscal en restauration porte presque toujours sur la TVA collectée. Les inspecteurs reconstituent le chiffre d’affaires à partir des achats et des ratios matières, puis comparent avec les déclarations. Si les taux appliqués sont faux, le redressement couvre les trois dernières années (parfois plus en cas de mauvaise foi), avec des pénalités allant de 10 % à 80 % du rappel.
Pour les questions de Finance d’entreprise en général — trésorerie, déclarations fiscales, optimisation — mieux vaut s’appuyer sur des ressources spécialisées et, si le montant en jeu est significatif, consulter un expert-comptable familier du secteur CHR.
💡 Notre conseil
Demandez à votre expert-comptable de faire un audit de TVA rapide une fois par an. Comparer les taux moyens déclarés avec ceux de votre secteur (disponibles dans les statistiques fiscales) prend deux heures et peut éviter un redressement de plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Questions fréquentes
Quel taux de TVA s’applique sur une boisson non alcoolisée servie à table ?
Une boisson non alcoolisée (eau, soda, jus de fruits, café, thé) servie dans le cadre d’une consommation sur place est soumise au taux de 10 %. Ce taux intermédiaire s’applique dès lors qu’un service est fourni — table, couverts, espace de consommation. La même boisson vendue à emporter sans préparation serait taxée à 5,5 %.
Le vin et les bières sont-ils toujours taxés à 20 % au restaurant ?
Oui, sans exception. Toutes les boissons alcoolisées — bière, vin, spiritueux, cocktails — sont soumises au taux normal de TVA à 20 %, que la consommation soit sur place, à emporter ou livrée. Cette règle ne souffre aucune dérogation, même dans le cadre d’un menu à prix fixe incluant une boisson.
Quelle est la différence de TVA entre un sandwich mangé sur place et le même sandwich à emporter ?
Un sandwich froid vendu à emporter est taxé à 5,5 %. Ce même sandwich consommé sur place dans l’établissement — avec mise à disposition d’une table et d’un espace dédié — passe à 10 %, car il entre alors dans la catégorie de la restauration avec service. Si le sandwich est réchauffé à la demande du client, le taux de 10 % s’applique également, même à emporter.
Comment ventiler la TVA dans un menu comprenant un plat, une boisson et un dessert ?
Si le menu ne contient pas de boisson alcoolisée, l’ensemble est taxé à 10 % (consommation sur place). Si le menu inclut de l’alcool à prix global, vous devez soit ventiler la valeur de la boisson alcoolisée (taxée à 20 %) et le reste (taxé à 10 %), soit appliquer le taux le plus élevé sur la totalité. La ventilation est toujours préférable fiscalement pour le client et l’établissement.
Les cantines d’entreprise et restaurants collectifs sont-ils soumis aux mêmes règles ?
Oui. Les cantines d’entreprise, restaurants universitaires et autres structures de restauration collective appliquent les mêmes taux : 10 % pour les repas servis sur place, 20 % pour les boissons alcoolisées. Une exception notable concerne les repas fournis dans les établissements scolaires publics, qui peuvent bénéficier de régimes particuliers selon le mode de gestion (régie directe ou délégation).