EI et auto-entrepreneur : quelles différences, comment choisir ?

By: Vincent Morgan

Chaque année, plus de 400 000 personnes créent une micro-entreprise en France. Pourtant, beaucoup passent à côté d’une question fondamentale : l’auto-entrepreneur et l’entreprise individuelle (EI), c’est la même chose — ou pas ? La réponse est plus subtile qu’il n’y paraît, et elle change beaucoup selon votre activité, votre chiffre d’affaires visé et votre tolérance au risque administratif.

Depuis la réforme de 2022, le statut juridique a été simplifié, mais les régimes fiscaux restent distincts. Comprendre la différence entre EI classique et régime micro permet d’éviter des erreurs coûteuses — sur les cotisations, la TVA ou la protection du patrimoine. On fait le point.

EI et auto-entrepreneur : le même statut juridique, deux régimes fiscaux

Ce que dit la loi depuis 2022

Avant la réforme, l’auto-entrepreneur (ou micro-entrepreneur) constituait un régime à part, distinct de l’entreprise individuelle classique. Depuis le 15 mai 2022, toute entreprise individuelle est automatiquement protégée : le patrimoine personnel est séparé du patrimoine professionnel par défaut. L’entrepreneur individuel n’est donc plus personnellement responsable sur l’ensemble de ses biens.

Concrètement, créer une micro-entreprise, c’est créer une EI avec le régime micro automatiquement appliqué. On ne parle plus de deux structures différentes, mais d’une seule — avec des options fiscales et sociales distinctes.

Le régime micro-entrepreneur en pratique

Le régime micro simplifie tout : pas de comptabilité complexe, des cotisations calculées en pourcentage direct du chiffre d’affaires, et une franchise de TVA sous certains seuils. L’URSSAF prélève les charges sociales chaque mois ou trimestre via le portail en ligne dédié.

  • Seuil de chiffre d’affaires 2024 : 77 700 € pour les prestations de services, 188 700 € pour la vente de marchandises
  • Taux de cotisations sociales : de 12,3 % (vente) à 21,2 % (services libéraux)
  • Aucun bénéfice réel calculé — l’impôt s’applique sur le CA avec un abattement forfaitaire

✅ À retenir

Depuis 2022, auto-entrepreneur = EI au régime micro. Ce n’est plus un statut juridique séparé, mais un régime fiscal et social simplifié appliqué à l’entreprise individuelle.

Entrepreneur indépendant travaillant à son bureau, illustrant les statuts EI et auto-entrepreneur
Un travailleur indépendant concentré sur ses documents comptables et son ordinateur, symbolisant les choix administratifs entre l’EI classique et le régime auto-entrepreneur. La scène capture l’atmosphère authentique du quotidien d’un entrepreneur solo face à ses décisions fiscales et juridiques.

EI au régime réel : quand le micro ne suffit plus

Dépasser les seuils, changer de régime

Franchir les plafonds de chiffre d’affaires du régime micro oblige à basculer vers le régime réel. L’entreprise individuelle reste la même structure juridique, mais la comptabilité change radicalement : bilan, compte de résultat, liasse fiscale annuelle. Les charges réelles sont déduites — ce qui devient intéressant quand les frais professionnels sont élevés.

Un graphiste qui achète du matériel à 15 000 € par an, par exemple, a tout intérêt à déduire ces dépenses plutôt que de subir un abattement forfaitaire insuffisant. Le régime réel lui permet de réduire sa base imposable de manière bien plus précise.

Cotisations et charges au régime réel

Au régime réel, les cotisations sociales sont calculées sur le bénéfice net, pas sur le chiffre d’affaires brut. L’URSSAF fixe des acomptes provisionnels en début d’année, puis régularise selon le bénéfice réel. Cela peut créer des décalages de trésorerie importants — notamment la première année d’activité.

💡 Notre conseil

Si vous basculez du régime micro au réel, prévoyez une réserve de trésorerie équivalente à 3 mois de charges sociales estimées. Les régularisations URSSAF en fin d’année peuvent surprendre.

🎯 EI ou société : savoir quand changer de structure

La comparaison avec la SASU

L’alternative principale à l’EI, c’est la société — SASU ou EURL en tête. La SASU séduit beaucoup d’entrepreneurs solo parce qu’elle permet de se rémunérer en dividendes, parfois moins chargés socialement. Mais attention : la SASU implique des frais de création, une comptabilité obligatoirement tenue par un expert-comptable, et des formalités annuelles (assemblée générale, dépôt des comptes).

📋 EI (micro ou réel) 🏢 SASU
Création simple, sans capital
Pas de statuts à rédiger
Cotisations TNS (moins élevées)
Pas de salaire obligatoire
Statuts + capital social requis
Régime assimilé-salarié (cotisations plus hautes)
Dividendes possibles
Image « société » pour les clients

Pour une activité qui démarre ou reste sous 70 000 € de bénéfice annuel, l’EI reste souvent plus légère et rentable. La société prend l’avantage quand le bénéfice grimpe et que la stratégie fiscale justifie la complexité.

La question du patrimoine et de la responsabilité

Depuis 2022, l’EI protège le patrimoine personnel sans créer de société. C’était l’argument numéro un en faveur de la SASU — il pèse désormais moins lourd. Restez vigilant sur un point : si vous êtes employeur et que votre entreprise individuelle embauche des salariés, les risques juridiques augmentent sensiblement. Dans ce cas, une structure en société mérite d’être étudiée sérieusement.

⚠️ À garder en tête

La protection du patrimoine en EI ne couvre pas les dettes fiscales et sociales antérieures à la création. L’URSSAF et l’administration fiscale restent des créanciers prioritaires, même avec la réforme 2022.

Créer son EI : les étapes concrètes

Le guichet unique et les formalités

Depuis janvier 2023, toutes les démarches passent par le guichet unique en ligne géré par l’INPI. Fini les centres de formalités des entreprises (CFE) et les files d’attente en chambre de commerce. La déclaration d’activité se fait en moins de 15 minutes pour une micro-entreprise.

1
Choisir son activité et son code APE
Définir si l’activité est commerciale, artisanale ou libérale — ce point conditionne votre caisse de retraite et vos taux de cotisations.
2
Déclarer sur le guichet unique (INPI)
Remplir le formulaire en ligne, choisir entre régime micro et réel, indiquer l’adresse du siège.
3
Recevoir son SIRET et accéder au portail URSSAF
Une fois immatriculé, l’accès au portail autoentrepreneur ou au portail net-entreprises permet de gérer les déclarations et paiements de cotisations.

La dénomination et la mention EI obligatoire

Toute entreprise individuelle doit faire figurer la mention « EI » ou « Entrepreneur individuel » sur ses documents commerciaux : factures, devis, contrats. C’est une obligation légale depuis la réforme de 2022. Pour savoir comment bien choisir et enregistrer votre dénomination commerciale, consultez ce guide complet sur ei auto entrepreneur et la raison sociale.

77 700 €

plafond de chiffre d’affaires annuel pour le régime micro en services (2024)

Gérer son activité au quotidien en EI

Déclarations et cotisations : le rythme à tenir

En régime micro, la déclaration du chiffre d’affaires se fait mensuellement ou trimestriellement sur le portail de l’URSSAF. Pas de CA déclaré = pas de cotisations dues, mais la déclaration reste obligatoire même à zéro. Omettre cette formalité pendant deux trimestres consécutifs expose à une radiation automatique.

Au régime réel, le rythme change : déclaration annuelle de revenus, paiement d’acomptes bimestriels, régularisation en fin d’exercice. Un expert-comptable devient presque indispensable pour éviter les erreurs sur la liasse fiscale.

TVA : franchise ou assujettissement ?

Sous les seuils de franchise (36 800 € pour les services, 91 900 € pour la vente), l’entrepreneur individuel ne facture pas la TVA. Au-delà, il doit s’y assujettir et déposer des déclarations régulières. Ce point est souvent sous-estimé lors du démarrage d’une nouvelle activité — notamment pour les autoentrepreneurs qui dépassent rapidement leurs prévisions de chiffre d’affaires.

« Le régime micro n’est pas un statut d’exception réservé aux petites activités — c’est simplement l’option la plus légère pour démarrer. Beaucoup d’entrepreneurs y restent plusieurs années sans problème. »

— Perspective d’un expert-comptable spécialisé TPE

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre EI et auto-entrepreneur en 2024 ?

Depuis la réforme de mai 2022, l’auto-entrepreneur (ou micro-entrepreneur) n’est plus un statut juridique distinct : c’est une entreprise individuelle (EI) à laquelle s’applique le régime micro fiscal et social. La différence tient donc au régime choisi, pas à la structure juridique. L’EI au régime réel implique une comptabilité complète et des cotisations calculées sur le bénéfice net, tandis que le régime micro simplifie tout avec des taux forfaitaires sur le chiffre d’affaires.

Peut-on passer de l’auto-entrepreneur au régime réel sans changer de structure ?

Oui. Il suffit de notifier l’option pour le régime réel auprès de l’administration fiscale avant le 1er février de l’année concernée, ou dès le début d’activité. La structure juridique reste une entreprise individuelle — seul le régime d’imposition change. Cette transition est obligatoire si le chiffre d’affaires dépasse les plafonds du régime micro deux années consécutives.

Combien coûtent les cotisations sociales en micro-entreprise ?

Les taux de cotisations sociales en régime micro varient selon la nature de l’activité : 12,3 % du chiffre d’affaires pour la vente de marchandises, 21,2 % pour les prestations de services relevant du Régime Social des Indépendants (RSI/SSI), et 21,2 % également pour les activités libérales affiliées à la CIPAV. Ces cotisations sont payées directement à l’URSSAF via le portail dédié.

Est-ce qu’une EI peut embaucher des salariés ?

Oui, une entreprise individuelle peut recruter des salariés et devenir employeur. Il n’y a pas de restriction légale sur ce point. En pratique, dès que l’activité nécessite des embauches régulières, beaucoup d’entrepreneurs basculent vers une structure en société (EURL ou SASU) pour mieux séparer les responsabilités et optimiser la gestion des charges patronales.

Comment créer une EI rapidement en France ?

La création d’une entreprise individuelle passe depuis 2023 par le guichet unique en ligne de l’INPI (guichet-entreprises.fr). La démarche prend entre 10 et 30 minutes selon l’activité choisie. Aucun capital minimum n’est requis. Une fois le SIRET attribué (généralement sous 24 à 72 heures), l’accès au portail URSSAF est activé pour commencer à déclarer le chiffre d’affaires.