« Auto-entrepreneur » ou « micro-entreprise » : beaucoup utilisent ces deux termes comme s’ils étaient interchangeables. Et honnêtement, la confusion est compréhensible — même des comptables se trompent parfois dans l’appellation. Mais depuis la loi Pinel de 2014, la réponse juridique est claire, même si elle reste mal connue.
Voici ce qu’il faut savoir avant de créer votre activité, de remplir un formulaire administratif ou de conseiller quelqu’un qui se lance. On va droit au but, sans jargon inutile.
Une histoire de fusion administrative
Avant 2014 : deux régimes distincts
Pendant plusieurs années, le droit français distinguait bien deux dispositifs séparés :
- Le régime de la micro-entreprise (aussi appelé régime micro-fiscal) : un régime d’imposition simplifié pour les petites structures, soumises à l’impôt sur le revenu selon un abattement forfaitaire.
- Le statut d’auto-entrepreneur : créé en 2008 par la loi Dutreil, il ajoutait une couche de simplification sociale — cotisations calculées sur le chiffre d’affaires réel, déclaration mensuelle ou trimestrielle, zéro CA = zéro charge.
Un artisan pouvait donc relever du régime micro sans être auto-entrepreneur. Et un auto-entrepreneur bénéficiait automatiquement du régime micro-fiscal ET du régime micro-social. Deux régimes emboîtés, pas synonymes.
Après 2014 : fusion officielle
La loi Pinel du 18 juin 2014 a fusionné les deux dispositifs. Depuis le 1er janvier 2016, l’auto-entrepreneur n’existe plus en tant que statut autonome : il a été absorbé par le régime de la micro-entreprise.
Concrètement ? Aujourd’hui, quand quelqu’un dit « je suis auto-entrepreneur », il est en réalité micro-entrepreneur. Les deux expressions désignent la même réalité juridique et fiscale. L’appellation « auto-entrepreneur » persiste dans le langage courant, les forums, voire certains formulaires mal mis à jour — mais elle n’a plus de valeur légale distincte.
✅ À retenir
Depuis 2016, « auto-entrepreneur » et « micro-entrepreneur » sont la même chose. Le terme officiel est micro-entrepreneur, relevant du régime de la micro-entreprise. Utiliser l’un ou l’autre ne change rien à vos droits ni à vos obligations.

Ce que recouvre vraiment la micro-entreprise aujourd’hui
Le régime de la micro-entreprise repose sur trois piliers : un régime fiscal simplifié, un régime social allégé, et des plafonds de chiffre d’affaires à ne pas dépasser.
Les plafonds de chiffre d’affaires
Ces seuils sont révisés tous les trois ans. Pour 2023-2025, ils s’établissent à :
- 188 700 € pour les activités de vente de marchandises, fourniture de logement, vente à consommer sur place.
- 77 700 € pour les prestations de services relevant des BIC (bénéfices industriels et commerciaux) ou des BNC (bénéfices non commerciaux).
Dépasser ces seuils deux années consécutives fait sortir automatiquement du régime. L’entrepreneur bascule alors vers un régime réel — avec comptabilité obligatoire, TVA, etc.
77 700 €
plafond annuel pour les prestations de services en micro-entreprise (2023-2025)
Fiscalité et cotisations sociales
Le régime micro applique un abattement forfaitaire sur le CA pour calculer l’impôt sur le revenu :
- 71 % d’abattement pour la vente de marchandises
- 50 % pour les BIC services
- 34 % pour les BNC (professions libérales réglementées ou non)
Côté charges sociales, le taux varie entre 12,3 % et 21,2 % du CA selon l’activité. Zéro CA déclaré = zéro cotisation. C’est ce qui rend ce régime attractif pour démarrer ou tester une activité.
Le versement libératoire de l’impôt est aussi possible sous conditions de revenus : on paie l’impôt en même temps que les cotisations, à un taux fixe de 1 % à 2,2 % du CA selon l’activité.
💡 Notre conseil
Si vous hésitez à opter pour le versement libératoire, comparez votre taux marginal d’imposition avec le taux forfaitaire proposé. Pour beaucoup de débutants avec peu de revenus annexes, le versement libératoire coûte plus cher qu’il ne devrait.
Quand la distinction reste utile à connaître
Même si les deux termes désignent aujourd’hui la même structure, comprendre l’historique permet d’éviter des erreurs concrètes.
Première situation : les contrats et devis. Certains clients ou partenaires exigent une mention légale précise sur les factures. La bonne formulation est « micro-entreprise » ou « entrepreneur individuel soumis au régime de la micro-entreprise ». Écrire « auto-entrepreneur » n’est pas une faute grave, mais c’est techniquement imprécis.
Deuxième situation : les comparatifs de formes juridiques. La micro-entreprise n’est pas une société — c’est un régime d’imposition applicable à l’entreprise individuelle. Elle s’oppose aux sociétés comme la SARL vs SAS : comprendre les principales différences entre ces deux formes juridiques d’entreprise, qui impliquent une personnalité morale séparée, des statuts, un capital social.
Troisième situation : les recherches administratives. Sur le site de l’URSSAF ou de l’INPI, le terme retenu est « micro-entrepreneur ». Si vous cherchez « auto-entrepreneur » dans les menus officiels, vous risquez de tourner en rond.
⚠️ À garder en tête
La micro-entreprise ne protège pas le patrimoine personnel. En cas de dettes professionnelles, vos biens personnels (sauf résidence principale depuis 2022 avec le statut d’entrepreneur individuel renforcé) peuvent être saisis. C’est une limite fondamentale par rapport à une SARL ou une SAS.
Micro-entreprise vs autres régimes : où s’arrête la simplicité ?
Le régime micro est pensé pour les petites activités. Dès que le projet prend de l’ampleur, il montre ses limites.
| ⚡ Micro-entreprise | 🏢 Régime réel / Société |
|---|---|
| Pas de TVA collectée sous les seuils de franchise
Pas de comptabilité obligatoire (livre des recettes suffit) Cotisations proportionnelles au CA Plafond de CA à respecter |
TVA récupérable sur les achats
Comptabilité complète obligatoire Charges déductibles réelles Pas de plafond de CA |
La franchise de TVA est souvent présentée comme un avantage. C’en est un si vos clients sont des particuliers. Mais si vous travaillez avec des professionnels assujettis à la TVA, votre prix HT paraît plus élevé — et vous ne récupérez pas la TVA sur vos propres achats. Pour beaucoup d’activités B2B avec des investissements matériels, le régime réel devient plus rentable dès 30 000 € de CA.
Pour aller plus loin sur les formes juridiques disponibles en France et choisir la structure adaptée à votre projet, le site Entreprise propose des ressources pratiques sur les différents statuts et leurs implications.
« La micro-entreprise, c’est la voiture de location du monde des affaires : pratique pour démarrer, mais pas faite pour les longs trajets chargés. »
— Synthèse courante chez les experts-comptables spécialisés TPE
En résumé de cette section : le régime micro convient parfaitement pour tester une idée, compléter un revenu salarié, ou exercer une activité légère. Dès que les charges professionnelles réelles dépassent l’abattement forfaitaire, le passage au régime réel mérite sérieusement d’être envisagé — sans nécessairement créer une société.
Questions fréquentes
Peut-on encore s’immatriculer comme « auto-entrepreneur » aujourd’hui ?
Non. Depuis le 1er janvier 2016, le terme officiel est « micro-entrepreneur ». L’immatriculation se fait via le guichet unique de l’INPI sous le régime de la micro-entreprise. Le terme « auto-entrepreneur » n’apparaît plus dans les formulaires officiels, même s’il reste utilisé dans le langage courant sans conséquence juridique.
Un micro-entrepreneur doit-il facturer la TVA ?
Pas automatiquement. Tant que le chiffre d’affaires reste sous les seuils de franchise en base de TVA (91 900 € pour la vente, 36 800 € pour les services en 2023), le micro-entrepreneur est dispensé de collecter et reverser la TVA. Il doit mentionner sur ses factures : « TVA non applicable, article 293 B du CGI ».
Quelle différence entre micro-entreprise et entreprise individuelle classique ?
La micro-entreprise est une entreprise individuelle soumise à un régime fiscal et social simplifié. L’entreprise individuelle au régime réel est la même forme juridique, mais sans les plafonds ni les abattements forfaitaires. Elle impose une comptabilité complète et permet de déduire les charges réelles. Ce n’est pas une question de statut juridique, mais de régime d’imposition.
Est-il possible de cumuler la micro-entreprise avec un emploi salarié ?
Oui, sous réserve que votre contrat de travail ne comporte pas de clause d’exclusivité et que l’activité exercée ne soit pas en concurrence directe avec votre employeur. Le cumul est fréquent pour tester une activité complémentaire. Les revenus des deux sources s’additionnent pour le calcul de l’impôt sur le revenu.
Que se passe-t-il si on dépasse le plafond de chiffre d’affaires en micro-entreprise ?
Dépasser le seuil une seule année ne change rien immédiatement. Si le dépassement se produit deux années consécutives, le régime micro est perdu au 1er janvier de la troisième année. L’entrepreneur bascule automatiquement vers le régime réel, avec obligation de tenir une comptabilité complète et de s’immatriculer à la TVA.